-
Qui sommes-nous ?
-
Donateurs
-
Fondations & Projets
-
Bénéficiaires
-
Actualités
Soutien à l'enrichissement des collections de Musée Carnavalet - Histoire de Paris.
En 2026
Fin janvier 2026, le musée a sélectionné un tableau de Louis Courtin représentant la démolition du fameux hôtel Thélusson en 1823, qui, en cadrant la vue de l’intérieur vers l’arc de triomphe de l’entrée, faisait découvrir la cour ovale creusée et une colonnade dissimulant sans doute un nymphée ; à l’opposé, sous le perron de l’hôtel, il y avait une grotte (dessinée par Jean-Baptiste Maréchal). Le lot a dépassé nos limites, mais quand nous avons voulu reporter les fonds sur une vue d’une des barrières de Ledoux de même époque, nous avons dû déployer beaucoup d’efforts de persuasion et mener au préalable une recherche qui fut complexe.
Le tableau, qui passait dans une vente Artcurial du 11 février, était attribué à César van Loo, dernier représentant de cette dynastie de peintres. Il était censé représenter la barrière de la Villette, anciennement barrière de Senlis, construite par le célèbre Ledoux. La conservation a commencé par nous dire qu’elle avait déjà une vue de la rotonde de la Villette qui n’y ressemblait pas. En réalité, les choses ont été embrouillées à l’extrême par une volonté de renommer les barrières de ce secteur. Sur le tracé de la grande avenue de Flandre, il y avait autrefois le chemin de Senlis, d’où l’appellation de barrière de Senlis. Le développement de la Villette, que traverse l’avenue de Flandre, a conduit à débaptiser cette barrière et à l’appeler barrière de la Villette. A côté, la création du bassin de la Villette sous l’Empire a considérablement modifié la physionomie du quartier. Il a mis superbement en valeur la rotonde de la Villette placée dans son axe, mais contrairement à ce qu’on a prétendu, cette rotonde n’était pas une barrière, bien qu’on l’ait appelée barrière Saint-Martin au XIXe, peut-être à cause du canal qui passe à côté. C’était en fait le centre administratif de traitement des taxes émises par les barrières environnantes !
Mieux qu’un discours, un plan d’époque permet de comprendre la situation : au sud de la rotonde se rejoignent deux grandes avenues qui partent en oblique et encadrent le bassin de la Villette : la route des Flandres (avenue de Flandre depuis) et la route d’Allemagne (rue Jean-Jaurès depuis). L’une et l’autre sont flanquées de barrières, de la Villette et de Pantin. Un peu plus à l’ouest, la barrière des Vertus alimente aussi le centre de la rotonde. Sur le même plan, on voit aussi deux canaux qui partent en oblique eux aussi mais en sens opposé des grandes avenues. Ils commencent à l’extrémité sud du bassin de la Villette. L’un est facile à identifier : c’est le départ du canal Saint-Martin. L’autre est visible sur le tableau. Difficile de le prendre pour un canal quand on voit l’étroitesse de son passage sous l’avenue de Flandre. Et pourtant, dans la recherche qu’a faite le musée sur l’auteur du tableau, il est mentionné qu’il a été exposé pour la première fois à Douai et présenté comme une vue sur le canal Saint-Denis ! Or tout le monde sait que ce canal a un gabarit lui permettant d’accueillir les péniches Freycinet, d’où la taille du célèbre pont de Flandre. On a commencé par croire que c’était un premier projet pour ce canal avant de trouver l’explication dans les mémoires de l’ingénieur Girard qui fut sous l’Empire chargé de ce colossal projet : Napoléon voulait non seulement régler le problème de la circulation fluviale dans et autour de Paris, mais aussi celui de l’approvisionnement de la capitale en eau, et spécialement ses nouveaux quartiers ouest, d’où la création d’un aqueduc de ceinture. Son point de départ est précisément l’angle sud-ouest du bassin de la Villette. Comme le canal Saint-Denis ne part pas du bassin de la Villette mais du canal de l’Ourcq, ce ne peut être lui qui figure sur le tableau.
Cette analyse est confortée par l’existence d’une usine souterraine située au débouché du canal en question sur le bassin de la Villette, qui traite les eaux non potables de Paris venant du canal de l’Ourcq. La direction d’Eau de Paris nous en a confirmé le tracé en précisant que l’aqueduc souterrain n’alimente plus le parc Monceau mais l’imposant réservoir de Passy (rues Copernic et Lauriston), qui à son tour par cinq réservoirs satellites distribue l’eau par gravité dans le fascinant réseau du Bois de Boulogne. Le canal vu sur le tableau a donc été couvert au moment de la construction de l’usine de la Villette.
https://www.apur.org/sites/default/files/documents/eau_bois_boulogne_vincennes_ressources.pdf

L’auteur de cette peinture a pu être identifié à partir d’une litho du pionnier de cet art, le fameux Engelmann, retrouvée par la conservation de Carnavalet dans ses collections et titrée Ancienne Barrière St Martin. On aurait pu y voir l’influence de Francesco Foschi et de ses paysages de neige, pas du tout, comme l’indique la mention pinxit sur la litho, c’est un peintre qui s’est spécialisé dans les vues parisiennes avant de revenir dans sa Bourgogne natale, Étienne Bouhot (1780-1862), chez qui les vues de paysages enneigés sont très rares, contrairement à van Loo. Il présente le tableau au salon des amis des arts de Douai de 1821, avec la mention trompeuse Vue prise sur le canal Saint-Denis sous le port de la Villette avant l’achèvement du canal (effet de neige), dont on a vu ce qu’il fallait en penser.
Des années plus tard, Bernard Swebach a peint une vue nord-sud de la rotonde prise d’un quai du bassin où l’on voit sur la droite la barrière de la Villette en cours de démolition, mais dont les arcades sont encore parfaitement reconnaissables ; l’annexion en 1860 des villages situés au-delà du mur des fermiers généraux a en effet rendu ces barrières inutiles. Nous sommes donc devant un document inédit et unique : une vue de la barrière de la Villette encore intacte, comportant au premier plan une vue également inédite du début de l’aqueduc de ceinture, dont plus personne, hormis les agents d’Eau de Paris et quelques spécialistes, ne se souvient ! Combien de visiteurs de la Grande Cascade, combien de maquettistes utilisant le lac Supérieur savent-ils que leur eau vient du canal de l’Ourcq ?
⁕
On a cité le nom, à vrai dire peu connu, de Jean-Baptiste Maréchal, un de ces artistes attachés à représenter Paris et ses environs à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe. Il était surtout dessinateur et aquarelliste, et nous a laissé de précieux témoignages de monuments disparus. Parmi ceux-ci, la folie Montigny à Montmartre occupe une place à part, car son architecture préfigure avec cinquante ans d’avance le revival néo-gothique aussi appelé style troubadour ! Une aquarelle gouachée la représentant est passée le 25 mars chez Artcurial et le musée l’avait remarquée comme nous. On a pu la lui offrir.

Grâce à Paul Jarry, on dispose d’une documentation très complète sur la folie Montigny, son histoire et son auteur. Antoine Chartraire de Montigny (1746-1795) était le fils d’un trésorier des États de Bourgogne au train de vie opulent. Après la mort de son père, il est nanti de sa charge en 1771. Il prend un pied-à-terre à Paris rue Vivienne, où il mourra, tout en continuant d’embellir le somptueux hôtel Chartraire de Montigny à Dijon, qui subsiste https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4tel_Chartraire_de_Montigny Habitué en Bourgogne à avoir plusieurs châteaux de famille à sa disposition, il souhaite avoir une campagne proche de Paris et jette son dévolu sur les pentes de Montmartre. Il achète force terrains, bâtis ou non, entre 1777 et 1786 dans un quadrilatère allant approximativement en largeur de la rue André-Antoine (ancien passage de l’Élysée des Beaux-Arts) à la rue Houdon (ancienne petite rue Royale), et en longueur de la place Pigalle à la rue des Abbesses. Certains de ses vendeurs sont connus, comme les Cadet, très anciennement implantés dans ce secteur, qui à l’époque s’illustrent dans la médecine, la pharmacie et les sciences (rue à leur nom).
Chartraire de Montigny choisit comme architecte un spécialiste réputé de l’art des jardins sur lequel il a publié plusieurs traités, Jean-Marie Morel (1728-1810), d’origine lyonnaise https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Morel . Précurseur avec Bélanger et Mique de ces architectes-paysagistes qui ont pris leur essor un siècle plus tard, il est monté à Paris après avoir été recruté par le prince de Conti pour ses jardins de l’Isle-Adam. Du coup, le duc d’Aumont lui confie son parc de Guiscard dans l’Oise, qu’il aménage en parc à l’anglaise (entièrement détruit). Il attire ainsi l’attention du marquis de Girardin qui veut tirer parti des marécages d’Ermenonville, et de Le Couteulx du Molay qui l’appelle à la Malmaison.
Dès 1780, il est à l’œuvre à Montmartre sur ce terrain qui bénéficie d’une vue splendide. L’étonnant bâtiment qu’il édifie prend pour modèle une église gothique, sauf que la tour du clocher est plus une habitation permettant de jouir du panorama sur la capitale. Cette église, flanquée d’un presbytère couvert de chaume est située en haut du terrain, contre les murs de l’abbaye de Montmartre ; elle donne sur une grande terrasse d’où on jouit de vues étendues, avec une serre en son centre et deux pavillons au fond, l’un abritant une salle de billard et l’autre un salon de réception. Un potager en terrasses et un jardin anglais complètent l’ensemble.

Chartraire de Montigny n’en a pas profité longtemps car il est mort en 1795, laissant le domaine à sa sœur, laquelle l’a légué au comte de Brosses, fils du président Charles de Brosses (premier président du parlement de Bourgogne), qui l’a vendu en 1824. Il a ensuite été progressivement démembré avec démolition des bâtiments au cours du XIXe siècle. Il n’en reste rien. On notera que Dugourc s’est aussi intéressé à la folie Montigny et en a laissé un dessin.
⁕
La conservation de Carnavalet attendait un grand tableau de Gustave Surand retiré de la vente en 2025. Il est réapparu dans une vente Beaussant-Lefèvre du 5 juin 2026 avec une estimation renforcée et l’enchère a dépassé notre limite, mais le musée l’a obtenu en rajoutant quelques fonds. Gustave Surand (1860-1937) est un peintre parisien, élève de Jean-Paul Laurens ; il est connu pour ses tableaux sur les grands fauves et son décor de scènes antiques pour le Bar romain de la rue Caumartin.
Ici, c’est une vue du balcon de l’appartement de ses parents qui n’est pas sans rappeler certains tableaux de Gustave Caillebotte comme le Jeune homme à la fenêtre. La personne qui contemple le paysage est la mère du peintre, Césarine Surand, qui tenait un commerce au rez-de-chaussée. Des placards publicitaires obstruent le balcon de cet immeuble situé à l’angle des rues Coquillière et Vauvilliers, disparu depuis mais qui était à mi-chemin entre la Bourse du Commerce et Saint-Eustache, dont on voit la façade.

Mais ce qui fascine, c’est la vue que l’on découvre sur le côté nord des Halles rue Rambuteau, avec toute une animation décrite par le menu : des fourgons soigneusement rangés qui servent à la manutention des marchandises, ici surtout des carcasses de bovins que les forts des Halles portent au pavillon de la viande tout proche, un mobilier urbain hélas disparu, un omnibus à cheval ancêtre des bus parisiens… On comprend donc pourquoi la conservation de Carnavalet était si attachée à cette représentation du quartier et nous avons été heureux de pouvoir lui faire ce plaisir.
En 2025
La grande affaire de l’automne 2025 pour de nombreux musées a été la vente du fonds de l’architecte Pierre Fontaine le 21 novembre chez Thierry de Maigret. Il y a eu une centaine de préemptions par une quinzaine de musées, c’est tout dire https://www.latribunedelart.com/les-preemptions-de-la-vente-fontaine ! Le musée Carnavalet avait des ambitions et m’a appelé à la rescousse. Mais la Médiathèque du Patrimoine est intervenue pour nous demander de nous tenir à l’écart de plusieurs lots qu’elle visait, qui concernaient la Chapelle expiatoire et le Palais Royal. Dommage, car c’étaient des lots d’importance majeure. Nous avons pu néanmoins obtenir cinq lots, dont quatre à charge du mécène :
- lot 59, Symphorien Meunié (1795-1871), architecte et gendre de Pierre Fontaine, chargé entre autres du Palais Royal. Série de dix dessins sur la maison Meunié, rue Léon Frot (ex de la Muette) dans le 11e arrondissement, vues et plans dans un environnement encore très champêtre

- lot 173, Pierre Fontaine : projet de décor pour la tribune impériale à l’assemblée du Champ de Mai en juin 1815. Un souvenir familial pour le mécène dont le quadrisaïeul a reçu des mains de Napoléon l’aigle impériale destinée au département des Vosges lors de cette cérémonie

- lot 251, Pierre Fontaine : sur une commande de Charles X en 1829, dessin en marge d’un plan aquarellé du parc de Bagatelle, une vue cavalière des bâtiments encore intacts, avec des inédits importants sur la présence de chartreuses et d’une porte fortifiée. Il est prévu d’en faire un tirage sur un support imputrescible pour Bagatelle

- lot 355, émouvant dessin aquarellé de Fontaine : projet de tombe au Père Lachaise réunissant les trois amis architectes : Charles Percier, Claude-Louis Bernier et lui-même. Moins connu que Percier et Fontaine, Bernier a travaillé avec eux sur divers projets, dont un Opéra

En 2024
Dans la vente Delon-Hoebanx du 17 avril 2024 passait un souvenir de la grande statue équestre de Louis XV par Bouchardon qui avait été installée place de la Concorde (place Louis XV à l’époque). Il s’agit d’un cylindre gravé réalisé dans le métal qui a servi à couler cette statue monumentale le 6 mai 1758. Il porte une inscription rappelant la composition de ce métal, le lieu et la date de la coulée (au Roule, le 6 mai 1758), après cinq ans de travail préparatoire par Bouchardon. Ce cylindre sert de sceau, de sorte que par les armoiries, on connaît le nom de son propriétaire : il s’agit de Jacques Jérôme Jollivet de Vannes (1712-1792), prévôt général de l’Ile-de-France, procureur du roi et de la ville de Paris.
Cet objet rejoindra le seul reste de la statue subsistant, la main droite géante du roi, offerte au Louvre et déposée à Carnavalet.

⁎
En septembre 2024, nous avons été été saisis de deux projets, un éventail révolutionnaire et des archives d’architecte du XIXe. Le 12, passait chez Rossini une collection d’éventails, dont l’un manquait à celle, pourtant très fournie, de Carnavalet, bon indice de sa rareté. Il s’agit de la Soirée des poignards, du 28 février 1791 aux Tuileries, au cours de laquelle des royalistes, membres ou anciens membres de la maison du roi, ont tenté de protéger Louis XVI que des révolutionnaires voulaient arrêter alors que l’émeute grondait à l’extérieur, mais le roi leur a ordonné de se retirer après avoir abandonné leurs armes. Ils ont plus tard été appelés les chevaliers du poignard.
L’éventail comporte une illustration représentant la scène, flanquée de couplets de chansons censées l’évoquer. Il a pu être acquis à bon compte.

Le 24 septembre, dans une vente Daguerre, nous avons pu avoir deux lots de dessins d’architecture. Le premier concerne la colonne Vendôme dont la statue sommitale a été changée maintes fois au cours du XIXe siècle. On part d’une statue de Napoléon en empereur romain par Chaudet sous l’Empire, descendue et fondue sous la Restauration. On continue par une statue du même avec sa redingote de petit caporal installée sous la monarchie de Juillet et due à Charles Émile Seurre. Descendue en 1863, ce qui l’a sauvée des violences des communards, elle trône maintenant dans la cour d’honneur des Invalides. Napoléon III la remplace par une copie de la statue originelle par Dumont, qui fera le vol plané que l’on sait en 1871 avant d’être restaurée.
Ce que l’on ne savait pas, c’est que sous la monarchie de Juillet, le célèbre architecte Jacques Hittorff a signé un projet de statue sommitale. C’est à lui que l’on doit l’aménagement de la place de la Concorde et du bas des Champs-Élysées, la gare du Nord ou la mairie du 5e. Place Vendôme, dès 1830, il propose de remettre une statue au sommet de la colonne, et dessine une Victoire ailée tenant deux couronnes, une de lauriers pour les guerriers de la Grande Armée auxquels la colonne est dédiée, et une de chêne pour les citoyens qui au cours des Trois Glorieuses ont permis de restituer ce monument. Le projet ne sera pas retenu et Louis-Philippe ira plus loin en remettant une statue de Napoléon.

A la même époque, le roi décide d’ériger un monument à la gloire des combattants des Trois Glorieuses, ce sera la colonne de Juillet, installée au-dessus de la fontaine qui est au centre de la place de la Bastille. Le projet est confié à l’architecte Alavoine, qui meurt en 1834, juste avant le début des travaux. Le chantier est conduit par son confrère Louis Duc à qui l’on doit l’ornementation de la colonne. La statue sommitale est due au sculpteur Augustin Dumont, il s’agit du célèbre Génie de la Liberté (ou Génie de la Bastille) en bronze doré. Nous avons pu acquérir un carton de dessins de l’agence Duc relatifs à ce chantier et à d’autres conduits par la même agence.
⁕
Le 30 octobre suivant, nous avions repéré un tableau représentant le siège de Paris par Henri IV en 1590, peint quelques années plus tard par un membre de la famille Bunel ou proche d’elle. On pense à François II Bunel, peintre attaché au service d’Henri de Navarre dont le frère Jacob est plus connu, ou à celui qu’on appelle l’anonyme Magnin (un tableau au musée Magnin à Dijon, un autre au musée de Pau). C’est en tout cas quelqu’un qui n’était pas vraiment familier de la géographie de Paris, vu quelques erreurs qui émaillent cette représentation, dont Notre-Dame avec ses tours à l’est. L’œuvre se rattache aux séries sur le thème des batailles d’Henri IV (Arques, Ivry, Paris, Amiens). Mais contrairement à Arques, le siège de Paris n’était connu jusqu’ici que par un seul tableau, à Pau.
Le camp d’Henri IV a connu deux emplacements : sur la butte Montfaucon, celle du fameux gibet, puis sur la butte Montmartre. Compte tenu du positionnement de la Bastille qui est très reconnaissable, la vue a été prise d’une colline du nord-est, donc la butte Montfaucon. La ligne de moulins qui surplombe la Bastille et se poursuit vers l’ouest est très vraisemblable. Les archives indiquent que l’agglomération était cernée de plusieurs centaines de moulins au Moyen Âge, dont ne subsistent que deux sur la rive droite, transformés en attractions touristiques.
La Seine qui s’étale nous rappelle que ses rives n’étaient pas canalisées et que passé les murailles de l’abbaye Saint-Germain des Prés, il y avait des marécages vers l’ouest. Dans le camp du roi, on remarque que ce dernier est vêtu à la romaine, un classique de la propagande royaliste qui assimile Henri IV à César. Dans une tente à droite, on voit une femme noblement vêtue qui s’apprête à boire une coupe. Selon la conservation, ce pourrait être une référence à la tragédie Sophonisbe de Nicolas de Montreux (1601) où cette Carthaginoise devenue reine de Numidie, préfère boire un poison plutôt que de se rendre à Rome pour y être exhibée par Scipion qui vient de la capturer. Nicolas de Montreux était le bibliothécaire du duc de Mercœur, un des chefs de la Ligue qui n’a fait sa soumission à Henri IV qu’en 1598, et Sophonisbe est la tragédie du retour à l’ordre après la fin d’une guerre civile entre Carthaginois.
En 2023
En 2023, nous avons été peu actifs avec Carnavalet, et juste donné à leur demande un tableau de Noël Quillerier (1594-1669). Ce peintre s’est d’abord formé au cours d’un long séjour en Italie dans les années 1620, avant de rentrer à Paris en 1631. Ses œuvres répertoriées sont peu nombreuses et il est presque plus connu pour être le beau-frère du sculpteur Louis II Lerambert, et le beau-père d’un autre sculpteur, Antoine Coysevox. Néanmoins, en tant que valet de chambre du roi, il a reçu des commandes pour les Tuileries.
Ce qui a attiré l’attention des conservateurs, c’est une commande qu’il a reçue pour le couvent des Minimes, détruit après la Révolution mais qui était à deux pas de l’hôtel de Carnavalet, au nord de la place des Vosges, très exactement entre la rue des Minimes et la rue Saint-Gilles (c’est sur ses restes qu’est passée la rue de Béarn). Il en subsiste quelques vestiges rue des Minimes et dans une de ses cours, la mairie de Paris a créé récemment un jardin Arnaud Beltrame, après avoir récupéré la caserne de gendarmerie qui s’était installée là au XIXe.
L’ordre des Minimes, qui est un ordre mendiant axé sur la pénitence et la pauvreté, a été fondé par saint François de Paule au XVe siècle. Il avait été appelé en France en 1483 par Louis XI qui se savait très malade et avait entendu parler des miracles qu’il accomplissait dans le royaume de Naples. Malgré les supplications du roi qui l’avait reçu à son château de Plessis-lès-Tours, il a laissé faire la nature et Louis XI est mort quelques mois après. Mais ce fut l’occasion pour lui de fonder un premier couvent sur place avant d’essaimer à travers la France. Après deux couvents à Passy et Vincennes, celui de Paris intra-muros a été créé sur des terrains achetés en 1610. L’église était construite en 1630, mais sans sa façade, voulue grandiose, commencée par François Mansart en 1657 et terminée par Pierre Thévenot en 1677, sans le dôme et les clochers du projet initial. Les Minimes ont doté l’église de douze chapelles latérales, parfaitement inutiles au culte mais dont les concessions à de grandes familles ont dû leur procurer des revenus substantiels. C’est ainsi que l’on est passé de la pauvreté et du dépouillement d’origine à une débauche d’œuvres d’art signées des plus grands noms : Simon Vouet et son frère Aubin, Philippe de Champaigne et son neveu Jean-Baptiste, Laurent de La Hyre, Jacques Sarazin (ici dans un rare rôle de peintre alors qu’il était surtout sculpteur), Martin Desjardins, Gilles Guérin ou au XVIIIe siècle Nicolas Coustou, Noël-Nicolas Coypel et Jacques Dumont.
Certains des monuments funéraires ont été fort heureusement sauvés à la Révolution et sont visibles dans nos grands musées, comme des statues du duc de La Vieuville et de son épouse au Louvre, ainsi que le buste de Nicolas Le Jay et le priant de son épouse, ou le médaillon de Colbert de Villacerf par Nicolas Coustou à Versailles. Face à Carnavalet, un petit bâtiment de la Bibliothèque historique de la ville de Paris abrite la statue en orant de Diane de France, duchesse d’Angoulême, sculptée par Thomas Boudin, et celle de son neveu Charles d’Angoulême par Pierre II Biard, pour rappeler les origines de l’hôtel d’Angoulême-Lamoignon. Ces statues proviennent de la quatrième chapelle droite qui était dévolue à la descendance des Valois, avec leurs tombes dans une crypte.
Mais celle qui nous concerne est la première chapelle droite. Elle était dédiée à saint François de Paule et a été concédée en 1637 au prince de Condé. Puis elle est passée à sa fille, la célèbre duchesse de Longueville.

Son autel était orné d’un tableau de Simon Vouet, depuis au Québec. Dans ses lambris étaient insérés neuf panneaux en hauteur représentant la vie de saint François de Paule. Ils ont été commandés à Noël Quillerier en 1648 par le duc de Longueville. On en a la liste mais un seul était connu à ce jour : Saint François de Paule faisant construire un temple, au musée des Augustins de Toulouse. Un deuxième est donc réapparu lors d’une vente Osenat du 3 décembre 2023 : La conférence entre Louis XI et saint François de Paule. Par conférence, il faut entendre rencontre. On y voit le saint en prière dans son modeste oratoire (il n’avait pas voulu résider au château du roi) et Louis XI, vêtu d’une houppelande, qui glisse un œil inquiet par la porte entrouverte.
Carnavalet, qui n’avait paradoxalement aucune œuvre d’art venant du couvent des Minimes, va pouvoir exposer ce tableau, et peut-être celui qui est aux Augustins s’ils consentent à le déposer.
En 2022
La fondation a renouvelé son soutien en 2022 en offrant un portrait de l’administrateur de l’hôpital général de Paris, Jean de Gomont, par Jacob van Loo, qui passait en vente le 29 juin chez Delvaux. Le peintre l’a représenté devant l’hôpital de la Pitié. Deux bonnes raisons pour faire entrer ce tableau à Carnavalet !

Jacob Van Loo (1614-1670) est un peintre hollandais qui avait dû s’enfuir de son pays à la suite d’une rixe mortelle. Admis à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1663, il est à l’origine d’une longue lignée de peintres, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. C’est un excellent portraitiste, mais il est surtout recherché pour ses nus porcelainés.
Dans une vente du 12 décembre 2022, passait un tableau d’Auguste Lepère représentant une vue sur l’église Saint-Gervais par temps de neige depuis le quai aux Fleurs. Il présente un fort contraste entre le premier plan dans l’ombre où l’on voit des silhouettes sombres et emmitouflées se hâter sur le quai, et la rive droite du fleuve dans le soleil, la Seine étant ici bordée d’un alignement de cabanes de lavandières. Les maisons du quai de l’Hôtel-de-Ville cachent en partie la vue sur Saint-Gervais.

Auguste Lepère est un peintre et graveur de la fin du XIXe siècle qui a beaucoup travaillé sur le motif à Paris, mais aussi à Nantes et en Vendée. Le catalogue raisonné de ses gravures a été établi par son fidèle ami, l’industriel nantais Alphonse Lotz-Brissonneau. C’est d’ailleurs de la collection Lotz-Brissonneau que provient le tableau. Carnavalet a bien reçu notre proposition d’achat : si les musées parisiens conservent un imposant fond de gravures de ce maître, ils sont beaucoup plus pauvres en peintures. En outre, les conservateurs nous ont révélé que Lepère avait son atelier à l’époque sur le quai aux Fleurs et c’est peut-être de sa fenêtre qu’il a peint le tableau. Il n’a ainsi pas eu beaucoup de chemin à faire pour croquer les lavandières en action (plusieurs gravures sur ce sujet), les mêmes dont on voit les cabanes sur la peinture. Le sujet a été gravé par Lepère vers 1887 dans un format élargi montrant à droite la pointe de l’île Saint-Louis et avec un arrangement différent des personnages au premier plan. Au vu de ces différences, on serait tenté de dire que la gravure a précédé le tableau et que celui-ci est une commande d’Alphonse Lotz dans un format plus resserré, d’autant que Lepère était avant tout un graveur. En poussant plus loin la recherche, on découvre qu’il a gravé une vue en sens inverse : du haut de la tour de Saint-Gervais en direction du quai aux Fleurs et de Notre-Dame ! Son atelier doit donc y figurer. Dans le quartier il a encore gravé un Combat contre la neige quai aux Fleurs, de 1890, ainsi que plusieurs vues du marché aux pommes qui se tenait sur le quai de l’Hôtel-de-Ville presque en face de son atelier. Tout ceci témoigne de l’ancrage d’Auguste Lepère dans son quartier. N’oublions pas aussi qu’en dehors de centaines de gravures sur Paris et ses vieux quartiers, c’est à lui que l’on doit ce formidable reportage sur la capitale à la fin du XIXe avec les plus de 200 bois gravés de Paris au hasard, paru en 1895.
En 2021
Le fondateur avait dans sa jeunesse fait partie de l’équipe de Michel Raude, animateur de l’association de Sauvegarde du Paris historique et du festival du Marais. Il s’y occupait de dégager les caves gothiques et les plafonds peints.
Si le Louvre et Versailles l’ont par la suite happé, il n’oubliait pas le quartier et son musée emblématique, Carnavalet. En juin 2021, est passé chez Artcurial un portrait du célèbre lieutenant de police Lenoir, qui officiait sous Louis XVI et avait pris la suite de Sartine. De forme ovale et de grande taille, le tableau fait partie de l’œuvre de Greuze, plus connu pour ses scènes de genre mais aussi auteur de portraits de qualité. Celui-ci a été gravé en 1777 par Juste Chevillet. Il a donc été peint entre cette date et la nomination de Lenoir au poste de lieutenant de police en 1774.

Quand il est passé en vente chez Artcurial, les conservateurs étaient tous pris par les derniers préparatifs avant réouverture du musée après des années de travaux. Ils ne l’avaient donc pas remarqué et notre signalement a été bienvenu. Ils ont pu l’acquérir à un prix fort modéré et nous avons pris en charge l’opération. Après restauration, le tableau a été installé dans la salle de la période pré-révolutionnaire.